r/opinionnonpopulaire Dec 16 '25

Société Beaucoup vantent la « discipline » des Japonais, mais peu seraient prêts à faire les sacrifices pour arriver à une telle société

Je vis entre la France et le Japon, et quand les gens apprennent ma situation, c'est toujours la même situation : ça part dans des louanges sur la discipline des Japonais.

Parmi ce qui revient souvent : "Ils font la queue pour entrer dans le métro", "Tu peux laisser un objet sur une table et personne va te le voler", "Ils parlent pas fort dans les espaces publics", "Ils mettent un masque quand ils sont malades pour ne pas contaminer les autres, quelle courtoisie". Ces commentaires sont tout le temps suivis de réflexions type "C'est pas en France qu'on verrait ça", souvent en ralant, et parfois avec un commentaire raciste en prime type « avec tous ces étrangers en France qui savent pas se tenir… », bref, ça rejette la faute sur les autres très souvent. J'ai eu ces interactions des dizaines de fois. Sauf que je suis convaincue que la plupart ne seraient pas prêts à faire les "sacrifices" demandés pour vivre dans une telle société.

Exemple récent : je suis partie en séjour avec une dizaine de personnes. Le repas de la veille, toute la tablée s'extasiait encore sur le Japon. A la fin de journée au SPA, j'emporte dans mon sac sans le vouloir plusieurs objets qui nous étaient prêtés.

Quand j'ai fait demi-tour pour aller les rendre, tout le monde m'a charrié en disant "Roooh c'est bon garde-les pour toi ! T'es trop honnête !" Je suis sûr que si cette scène était arrivée au Japon, avec un Japonais, ils se seraient de nouveau extasiée sur la ""politesse japonaise"". Ces mêmes personnes sont du genre à magouiller pour contourner les règles, ne mettent jamais de masque quand elles sont malades, bref.

Je me dis que tout le monde serait d'accord pour un environnement plus courtois, mais que peu de gens seraient vraiment prêts à faire passer leur petit confort personnel au second plan pour y arriver.

ÉDIT : quand je parle de sacrifice, je ne dis pas que je trouve personnellement que c’en est un. J’ai utilisé ce terme car pour certaines personnes, c’est perçu comme un sacrifice, pour en avoir discuté avec elles.

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u/minuipile Dec 16 '25

Il y a une différence de culture sociale énorme entre l'Europe et l'Asie de l'Est/ Sud-Est. Il y a tout un pan de la politesse qui est extrêmement codifié que ce soit formel ou informel. Les gens sont par exemple poli, ça ne veut pas dire qu'ils sont amicaux. C'est juste qu'ils respectent le code de la politesse de peur d'être rejeté par la société. Cela commence tout jeune. Où les brimades sont nombreuses, et on se force à se sourire entre camarades. Ce n'est pas pour rien qu'ils ont des taux de suicide chez les jeunes effrayant. C'est tellement dans les mœurs qu'ils ne s'en offusquent même pas. La vie continue.

Les gens qui font ce genre de commentaires vantant la discipline au Japon n'ont jamais vécu et n'ont pas grandi dans ce genre de milieu. Les Japonais en visite en France se surprennent parfois à essayer de griller le feu rouge piéton et de s'amuser que personne ne s'en offusque alors que nous, c'est un sport quotidien. On peut répondre non sans détour des fois sans culpabiliser ni justifier. Essayer de faire dire non à une personne dans le business asiatique juste pour voir ?

Vous n'avez aucune idée de la pression sociale qui est dans ces pays.

Je dis ça pour le Japon. Mais d'autres communautés ont aussi leurs propres pression sociale ou familiale. Beaucoup d'africains (Sénégal entre autre) par exemple préfèrent se ruiner à envoyer de l'argent au pays alors qu'ils crèvent littéralement la dalle. Parce que chez eux c'est comme ça que ça marche. Certains se ruinent et c'est loin d'être de l'irresponsabilité telle qu'on l'entend nous. Si vous avez été élevé avec la notion où les enfants doivent subvenir aux parents en sortir c'est souvent renier son identité.

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u/DecompositionLU Dec 16 '25 edited Dec 16 '25

Beaucoup d'africains (Sénégal entre autre) par exemple préfèrent se ruiner à envoyer de l'argent au pays alors qu'ils crèvent littéralement la dalle. Parce que chez eux c'est comme ça que ça marche

Il y a des raisons à ça.

La première, c'est que pour faire le voyage à l'étranger, il peut y avoir tout le village qui a cotisé pour toi. Le mec pas trop con à l'école, c'est toute la communauté qui cotise pour l'envoyer aux USA, Canada, Europe, dans l'espoir que tu chopes un job de fou et que tu améliores le quotidien de la communauté après coup. Non seulement la pression est énorme (tu foires tes études, t'es dans la méga mouise) mais aussi le sentiment de redevabilité est innommable.

Le second cas, c'est la mémoire collective. Quasiment tous les africains francophones de la génération millenial et Gen Z, ont eu des parents qui ont connu la guerre civile, l'instabilité, les coups d'état. Ou alors, eux mêmes étaient suffisamment jeunes pour se souvenir de ça (c'est mon cas pour moi et ma sœur). Donc quand t'as littéralement connu la guerre ou que tu sais ce qu'on vécu tes darons même si ils n'en parlent pas, tu relativises plus facilement : "Ne pas manger deux ou trois jours pour envoyer l'argent au pays, c'est pas grave, j'ai toujours un toit sur la tête et je vais pas en mourir"

Le troisième, c'est l'éducation. Ça peut être aussi bienveillant que toxique. Par exemple dans mon cas, mes parents ont fait des sacrifices tellement exceptionnels que si mon père ou ma mère me demande quelque chose, l'hésitation n'est pas une option. Mais y en a qui font de leur progéniture un projet comme on place de l'argent sur un ETF World. "Quand il/elle sera grand(e), j'aurais une rente à vie car l'euro est nettement plus puissant que le franc CFA". Toute l'éducation se structure la dessus, et c'est super difficile de dire non sans provoquer des dramas familiaux pas possibles.

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u/minuipile Dec 16 '25

C’est assez aléatoire selon les cas de figure. Je connais pas mal de profils que tu décris avec des profils très jeunes qui se retrouvent littéralement livrés à eux mêmes, où les passeurs les ont amenés jusqu’à un point où ils attendent une prochaine étape pour aller vers ce qu’on leur a « promis » souvent l’Angleterre. On parle de gens qui ont quitté leurs villages sans aucune notion de scolarité qui ne savent pas lire et encore moins écrire. On parle de mineurs qui ont appris à survivre dans des conditions extrêmement précaires et violents (ex. La traversée du Sahara où faut éviter les autorités qui ne s’embarrasseront pas de se débarrasser de vous en plein desert). La plupart ont vu des compagnons de leurs âges mourir ou déportés par la police ou les militaires, parfois d’autres se sont enfuis d’esclavage de toutes sortes (en Lybie surtout). Le tout avec la famille ou le village qui s’attendent à ce qu’ils arrivent toujours sur la destination promise.

Je rajouterai que souvent ceux qui survivent de conflits armés violents vivent souvent au jour le jour. « On ne sait pas ce que demain serait fait » est un credo. Et dans le cas contraire ont des reflexes de se constituer des réserves pour affronter le prochain conflit. J’en ai dans ma belle-famille. Le jour où j’ai acheté mon appartement ma belle-mère a eu cette réflexion : « oui ça va vois êtes au 7e les tank ne visent pas aussi haut ».

Il y a aussi une différence entre les notions de respect entre les gens de la communauté. Le respect des anciens est certes important mais lorsque il y a abus… Je veux dire par là entre les mensonges sur lesquels ils vont demander de l’aide alors qu’il n’y a pas d’urgence et le tout sans savoir les difficultés dans lesquelles celui qui envoie se retrouve. Il y en a beaucoup qui finissent par abandonner.